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D'où vient le camping, et pourquoi a-t-il pris en France ?
Le camping est né en Angleterre avec un cycliste ; il a pris en France par les clubs, les congés payés de 1936 et l'arrivée de la voiture.
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Une tente qui se plie en trente secondes, un matelas qui tient dans un bidon, une popote qui pèse deux cents grammes : rien de tout cela n’est arrivé par hasard. Le camping de loisir, distinct du simple fait de dormir dehors faute de mieux, est né en Angleterre au tournant du XXe siècle, porté par un cycliste qui cherchait à voyager léger. Il a mis une bonne trentaine d’années à devenir une pratique de masse en France, le temps que les congés payés puis la voiture changent qui pouvait partir, et comment.
Un cycliste anglais invente une pratique
Le camping de loisir est généralement rattaché à un seul homme : Thomas Hiram Holding, cycliste anglais qui avait traversé les plaines américaines en chariot lorsqu’il était enfant. Adulte, il applique la même idée à ses propres moyens de locomotion — le vélo, puis le canoë — et se met à camper pour voyager, non par nécessité mais par goût du mouvement léger. En 1901, il fonde une association de cyclistes campeurs ; en 1908, il publie « The Camper’s Handbook », un manuel qui pose pour la première fois les bases d’un équipement pensé pour la pratique elle-même plutôt que pour la seule survie. L’association qu’il a créée existe toujours, sous une autre forme, plus d’un siècle plus tard.
La contrainte du vélo, mère de l’équipement léger
Ce détail biographique compte plus qu’il n’y paraît : c’est le vélo, et non l’idée de camper elle-même, qui a façonné le matériel. Un cycliste ne transporte que ce qui tient sur un porte-bagages ; toute once superflue se paie en kilomètres. La toile s’allège, les mâts se raccourcissent, le couchage apprend à se replier à plat. La même contrainte anime aujourd’hui le matériel de randonnée à vélo et la liste de matériel pour un bivouac : un sac, une tente, un réchaud, rien qui ne justifie pas son propre poids. Le camping léger n’est pas une mode récente ; c’est la forme originelle de la pratique.
Les clubs français relaient le mouvement
En France, l’idée circule par les mêmes réseaux que partout ailleurs en Europe à cette époque : les clubs de tourisme et de cyclisme de la fin du XIXe siècle, le Touring Club de France en tête, qui encouragent leurs adhérents à parcourir le pays par leurs propres moyens plutôt qu’en train organisé. Un club de camping français voit le jour dans les toutes premières années du XXe siècle, sur le même principe associatif que son homologue britannique : mutualiser l’expérience, diffuser les bonnes pratiques, faire connaître un matériel encore rare. À ce stade, la pratique reste marginale et essentiellement masculine, réservée à ceux qui ont le temps et les moyens de posséder une bonne bicyclette.
1936 : les congés payés ouvrent le camping aux familles
Le vrai basculement ne tient pas à une invention technique mais à une loi : l’instauration des congés payés en France en 1936. Pour la première fois, des millions de salariés disposent de deux semaines pour partir, sans disposer pour autant d’un budget d’hôtel. Le camping devient la réponse évidente à cette équation — un toit, un couchage, une caisse de vivres — et la mer comme la montagne s’ouvrent à des familles qui n’y avaient jamais mis les pieds. Le matériel lui-même ne change pas fondamentalement : les repères pour composer un équipement de premier départ restent proches de ceux du cyclotouriste des décennies précédentes. Ce qui change, c’est le public.
L’après-guerre : la voiture change l’échelle
La rupture suivante vient de la voiture, généralisée dans les foyers français au fil des décennies d’après-guerre. Elle ne se contente pas d’ajouter du monde au camping ; elle change la nature du matériel, parce qu’elle lève d’un coup la contrainte de poids qui l’avait façonné depuis Holding. La tente-cabine en toile de coton, lourde et volumineuse, devient un choix raisonnable dès lors qu’elle voyage dans un coffre plutôt que sur un porte-bagages. Les tissus synthétiques et les mâts en aluminium, plus légers et plus résistants que la toile et le bois, arrivent ensuite et redéfinissent à leur tour ce qu’on appelle une bonne tente — les critères détaillés dans comment choisir une tente de camping descendent directement de cette évolution. Sur de nombreux terrains, l’étape suivante est déjà là : l’hébergement fixe, installé une fois pour toutes, que le vacancier n’a plus qu’à trouver en arrivant.
Trois époques, trois manières de camper
Le tableau ci-dessous résume ce que chaque étape a réellement changé dans ce qu’on transporte.
| Époque | Mode de transport | Ce qu’on emporte | Ce que la technique permet |
|---|---|---|---|
| Vers 1900 | Vélo ou canoë | Tente et couchage sur le porte-bagages | Toile légère, structure démontable |
| 1936 | Train, vélo | Le même matériel, pour un public nouveau | Le temps libre, pas une nouvelle technique |
| Après-guerre | Voiture | Tente-cabine, mobilier, glacière | Le poids et le volume cessent de compter |
| Aujourd’hui | Voiture, avion | Parfois rien du tout | L’hébergement fixe, déjà sur place |
De l’équipement porté à l’équipement qui attend
Cette trajectoire — du matériel porté par un cycliste, à celui transporté par une voiture, jusqu’à l’hébergement qui attend déjà sur l’emplacement — explique pourquoi deux campeurs d’aujourd’hui peuvent avoir si peu en commun. L’un compose son sac gramme par gramme avant un bivouac, en héritier direct de Holding ; l’autre remplit un coffre sans compter le poids, en héritier de l’après-guerre automobile ; un troisième réserve un mobil-home et n’apporte qu’une valise. Aucun des trois n’a tort : chacun prolonge simplement une strate différente de la même histoire. Pour situer précisément où se place son propre projet de départ, et ce qu’il implique concrètement à charger, la liste de matériel pour partir en camping reste le point de départ le plus utile — quel que soit le siècle auquel on emprunte ses habitudes.
Questions fréquentes
- Qui a inventé le camping ?
- Personne ne l'a inventé au sens strict, mais la pratique organisée est généralement attribuée à Thomas Hiram Holding, un cycliste anglais qui a fondé une association de campeurs en 1901 et publié un manuel de référence, « The Camper's Handbook », en 1908. Avant lui, dormir dehors relevait surtout de la nécessité, pas du loisir.
- Pourquoi le vélo a-t-il autant compté dans l'histoire du camping ?
- Parce qu'il impose une limite physique stricte à ce qu'on peut transporter, en poids comme en volume. Cette contrainte a produit les premières tentes légères et les premiers couchages compacts, bien avant que la voiture ne rende ces économies de poids facultatives. Le camping à vélo actuel obéit exactement à la même logique.
- Pourquoi le camping a-t-il pris en France en particulier ?
- Deux facteurs se combinent : des clubs de tourisme et de cyclisme actifs dès la fin du XIXe siècle, qui diffusent la pratique dans un cercle restreint, puis l'instauration des congés payés en 1936, qui donne à des millions de familles le temps de partir sans les moyens de descendre à l'hôtel. Le camping devient alors la forme de vacances la plus accessible.
- Le matériel de camping a-t-il beaucoup changé depuis les années 1900 ?
- Les fonctions sont restées les mêmes — s'abriter, dormir isolé du sol, cuisiner, s'éclairer — mais les matériaux ont profondément changé : la toile de coton a cédé la place aux tissus synthétiques enduits, le bois à l'aluminium et à la fibre de verre. Le principe reste celui de Holding : le matériel doit servir la pratique, pas l'inverse.